« Promenade au pays de l'économie » (CP)

Sylvain Bersinger, économiste de BSI Economics, propose dans son dernier livre une promenade dans le monde de l'économie, avec le moins de jargon possible et aucune équation barbare: " Promenade au pays de l'économie ".

 

Ce livre est préfacé par Jean-Louis Chambon, Président du Cercle Turgot :

 

" Inviter ses lecteurs en « promenade » au pays de l'économie pourrait paraitre quelque peu provocateur mais, on le sait, il faut du courage pour avoir du talent…

Voyager en effet aux confins de ce pays, de cette « science » dont la scientificité même est contestée par les uns et qualifiée de « lugubre » par les autres, est tout sauf du cabotage sur un long fleuve tranquille et encore moins cette sublime rêverie que proposait Arthur Rimbaud « Sous les tilleuls verts de la promenade ».

Mais la proposition de Sylvain Bersinger est légitime, et d'autant plus intéressante qu'elle rejoint celle d'illustres prédécesseurs, brillants économistes, qui ont su trouver en leur temps de précieuses sources d'inspiration dans des rencontres (réelles ou métaphoriques)  liées au « voyage » comme  d'ailleurs de nombreux écrivains  classiques ou romanciers de Stendhal à Cendras, et plus près de nous, d'Emmanuel Schmitt à Sylvain Tesson…

De même  dans ce domaine  qui nous occupe aujourd'hui et, pour ne prendre  que cet exemple, on  se souvient  que  « Les réflexions sur la  création  et la distribution des richesses » parues en 1769 (qui inspira largement la Richesse  des Nations d' Adam Smith), l'une des parutions  le plus marquantes  de l'œuvre  du baron de l'aulne, Anne Robert Jacques TURGOT, fut largement le fruit  des échanges instaurés lors de la visite en France de deux  étudiants chinois, Ko et Yang,  envoyés par les jésuites pour compléter leur formation  religieuse .

Ainsi le constat que propose sylvain Bersinger dans ce très pertinent voyage, est hélas,  cruellement et  profondément justifié : L'économie est bien souvent maltraitée. Dans les médias, dans les campagnes électorales, dans les discussions de la vie de tous les jours… tout aussi souvent, mal aimée que mal comprise ». Les conséquences en sont lourdes sur la qualité du débat démocratique et sur la pertinence des politiques économiques menées, en France comme ailleurs, sans parler des thèses les plus extrémistes ou simplistes (ce qui revient d'ailleurs au même) que pourtant la théorie économique la plus standard et le « consensus » jugent absurdes.

S'ajoutent à ces évidences, le fait que nos compatriotes ne brillent pas par leur intérêt pour la science économique : sondage après sondage, c'est au contraire le bonnet d'âne des pays de l'OCDE qui leur revient pour leur faible appétence et connaissance de l'économie.

Paraissent en causes une partie de l'enseignement, frappé de dogmatisme et du syndrome de la lutte des classes dès le plus jeune âge, mais aussi dans les strates supérieures, les parutions rares et souvent ésotériques, l'absence ou l'insuffisance de soutien, d'encouragements, de reconnaissance aux auteurs qu'ils soient confirmés ou d'extraction plus récente, de nouveaux talents qui insufflent de la fraicheur ,de nouvelles visions, plus proches et plus  accessibles à  l'opinion…

 

C'est la raison pour laquelle il faut saluer les initiatives qui visent à lutter contre ce fléau qui bloque tout changement ou évolution bien comprise pour notre société. Elles sont le plus souvent à la charge de mécènes particulièrement sensibles à cette impérieuse nécessité et d'organisations réunissant des « esprits libres » et désintéressés, qui se reconnaissent dans ces missions, et dans le plus pur bénévolat. Le cercle TURGOT se reconnait dans cette exigence, il parraine notamment le prix TURGOT du meilleur livre d'économie financière de l'année (qui vient  de fêter son trentième anniversaire à Bercy) et  qui a permis  de faire émerger de nombreux nouveaux talents : de Nicolas Bouzou à Mickael Mangot en passant par Gaspard Koenig, comme  de promouvoir les plus belles signatures de la profession avec l' honneur de compter parmi ses lauréats le prix Nobel jean Tirole.

Aussi les économistes ne peuvent pas eux-mêmes rester statiques. Leurs travaux académiques, certes de qualité, restent bien souvent totalement inaccessibles au grand public non-initié. Plus que jamais un « devoir de pédagogie » s'impose à tous les acteurs : les médias bien évidemment, mais aussi la classe politique qui bien souvent se laisse aller à la facilité de discours réducteurs. Les économistes eux-mêmes doivent de leur côté veiller à leur communication et à leur contribution à ce devoir de pédagogie et à la qualité des débats auxquels ils participent.

 

Ce nouvel ouvrage de sylvain Bersinger constitue une excellente réponse pour relever ce défi contre une forme d'ignorance qui reste une plaie ouverte dans notre République, héritée aussi des « Lumières » et de la lutte contre l'obscurantisme qui nait de l'incompréhension de la réalité humaine, sociale et …économique.

Tout l'intérêt de cette parution est d'allier à la fois des aspects théoriques et de nombreux exemples et études de cas.

On y aborde en détail le mécanisme de la création monétaire et, tout naturellement, la politique monétaire, y compris dans la situation actuelle si particulière de faible inflation et de taux d'intérêts proches de zéro, voire parfois négatifs. Ensuite, la partie théorique se prolonge avec une longue présentation de la balance des paiements, et des crises qui peuvent résulter en cas de déséquilibres externes. A la suite de quoi, et en lien avec les questions entourant la balance des paiements, l'auteur présente les enjeux entourant les réserves de change ainsi que les taux de change. Ensuite de quoi un autre élément, brûlant d'actualité, est abordé en profondeur : la question des dettes publiques et de leur soutenabilité. Enfin, pour clore la première partie, l'auteur présente les enjeux liés aux bulles et aux conséquences que peuvent avoir leur éclatement.

 

Cette première partie, pour théorique qu'elle soit, n'en est pas moins facile d'accès. La légèreté de ton, marque de fabrique du livre, y est de rigueur. Et l'auteur a choisit de ne pas rebuter le lecteur profane en incluant du jargon mathématique dans ses explications. Sans compter, bien entendu, de multiples exemples qui éclairent le propos.

Cependant, en fait d'exemples, c'est surtout la deuxième partie de l'ouvrage qui prime. Il s'agit d'une partie regroupant 11 exemples, 11 crises ayant frappé un pays, ou un groupe de pays. L'intérêt de cette deuxième partie est qu'elle se lit bien entendu à la lumière des éléments théoriques apportés dans la première moitié du livre. Ainsi, il ne s'agit pas d'un inventaire de crises de toutes natures, mais chaque exemple, chaque crise, fait l'objet d'un décorticage minutieux en puisant dans la théorie économique. Ainsi, les questions liées à la création monétaire sont illustrées par le système de John Law, les crises de balance des paiements par le Mexique en 1994, les crises de dette publique par l'Argentine et la Russie, et les crises résultant de l'éclatement de bulles par l'explosion de la bulle internet, pour ne prendre que quelques exemples.

 

Et l'on comprend que cette promesse d'une « promenade » proposée au lecteur, s'avère tant intellectuelle que temporelle ou géographique. D'une théorie à une autre, de la France du XVIIIème siècle à la bulle internet, de l'Asie à New-York en passant par la Russie, le Brésil ou Israël, le lecteur vogue sur les courants aussi agités que passionnants de l'économie.

Au fil des pages s'additionnent harmonieusement l'articulation des faits et des théories, à des implications qui n'apparaissent jamais simplistes comme pour la balance des paiements et les questions de réserves de change et de taux de change qui y sont associées. Ces questions, généralement abordées soit de façon superficielle soit faisant l'objet d'une lourdes formalisation mathématique, trouvent ici un mise en lumière salutaire. A partir de nombreux exemples, le lecteur comprend le déroulement d'une crise de change, mais aussi comment la prévenir et comment la traiter. Une démarche similaire, quoique légèrement moins développée, entoure les questions de dette publique, de création monétaire et de bulles spéculatives. 

Un souffle de fraicheur accompagne cette parution par sa liberté de ton et une écriture aérée qui sont certes souvent l'apanage de la jeunesse, accompagnent manifestement un nouveau talent   prometteur sur bien des aspects.

 

Enfin, l'objectivité que traduit la présentation des faits permet d'apporter sans dogmatisme des éclairages particulièrement clairs pour comprendre pourquoi les idées des uns et des autres fonctionnent parfois, et parfois pas.

In fine, pour l'auteur, l'économie reste un « pays merveilleux » et cet enthousiasme allié à son plaisir de l'écriture n'est pas le moindre de ses mérites car, comme le rappelait  déjà en 1937 Jules Payot dans la faillite de l'enseignement : « le véritable talent  est le  talent d'agir ».

Avec mes encouragements chaleureux pour l'auteur de cet ouvrage, je forme le vœu que chaque lecteur partage le plaisir qui fut le mien dans la découverte de ces pages. "

  

 Jean-Louis Chambon, Président du Cercle Turgot