Canada : perspectives de croissance en 2018 (Policy Brief)

Actualités : A l'occasion de la visite du Premier Ministre canadien J. Trudeau en France, cet article présente un éclairage sur l'économie canadienne avec ses fondamentaux, ses perspectives pour 2018 ainsi que les relations bilatérales commerciales entre les deux pays.

 

Economie canadienne

La croissance du PIB devrait ralentir en 2018, à 2,2 % après avoir atteint 3 % en 2017. Bien que la demande domestique resterait le principal moteur de l'activité, les dépenses de consommation des ménages seraient moins dynamiques (+3 %), tandis que l'investissement privé accélérerait (+5 %). En revanche, l'investissement résidentiel reculerait légèrement en raison des différentes réglementations entrées en vigueur l'année dernière et des hausses de taux de la Banque centrale. En effet, l'inflation a atteint 2,2 % en février 2018, un niveau au-dessus de la cible de la Banque centrale (2 %). Cette dernière devrait procéder à au moins une hausse des taux cette année (après deux hausses en 2017), portant ainsi le taux directeur à 1,5 % selon le consensus. Par ailleurs, le marché du travail continuerait de s'améliorer et approcherait d'une situation de plein emploi : le taux de chômage a atteint son plus bas niveau depuis 1976, à 5,8 %.

La politique budgétaire accommodante devrait continuer de soutenir l'activité, se traduisant par un déficit public de 0,8 % du PIB en 2018 (après 0,9 % en 2017). Malgré une dette nette fédérale faible (28 % du PIB), le gouvernement ne prévoit pas d'atteindre l'équilibre budgétaire avant 2022. Ainsi, le budget 2018 inquiète plusieurs observateurs, dans la mesure où le gouvernement aurait une marge de manœuvre réduite en cas de crise. Par ailleurs, l'économie canadienne enregistre sa 9ème année de croissance consécutive et le taux de capacités de production (86 %) affiche un niveau supérieur à sa moyenne historique (83 %).

Le déficit courant devrait à nouveau s'établir à environ 3 % du PIB en raison de la faible dynamique des exportations, les entreprises canadiennes étant davantage tournées vers le marché intérieur qu'extérieur. Les exportations pourraient néanmoins être soutenues à compter de 2019 par la réforme fiscale de l'administration de D. Trump aux Etats-Unis et d'une éventuelle dépréciation du dollar canadien par rapport à l'USD. A l'inverse, les négociations sur l'ALENA ne semblent pas prêtes d'aboutir, ce qui pourrait peser sur l'évolution des exportations, d'autant que les Etats-Unis ont imposé des «droits antidumping» et «droits compensateurs» sur des produits canadiens (notamment les avions et le bois).

 

Les relations bilatérales

La visite officielle du Premier ministre J. Trudeau de deux jours en France (le 16 et 17 avril 2018) permet de faire un point d'étape sur l'organisation du prochain G7 qui se tiendra en juin au Canada et un premier bilan de l'accord de libre-échange avec l'Union Européenne (CETA), entré en vigueur en septembre 2017[1]. Bien qu'il soit trop tôt pour évaluer l'impact du CETA, la Commission européenne estime qu'il devrait accroître les échanges entre le Canada et l'UE de 25 % d'ici 2030. Les échanges de biens entre le Canada et la France s'élèvent à 6 Mds EUR et sont équilibrés entre les deux pays, la France enregistrant un léger excédent commercial.

Outre ces deux points, cette visite officielle devrait surtout permettre d'intensifier les relations commerciales mais également financières entre les deux pays, notamment dans le contexte du Brexit. En effet, les IDE canadiens à destination du Royaume-Uni sont restés quasi-stables en 2016 (+0,3 %), alors que ceux destinés à la France ont augmenté de 17 % (+1,4 % tous pays confondus). Ainsi, la France superforme même les Etats-Unis (+8 %).

 

Conclusion

A moyen terme, la croissance du PIB devrait s'établir proche de son potentiel, à 1,6 %, en raison de faibles gains de productivité et d'une population vieillissante.

Plusieurs risques pourraient néanmoins peser sur la croissance canadienne : si le secteur bancaire est solide, le fort niveau d'endettement des ménages (170 % du PIB) constitue une potentielle source de fragilité à l'instar de la croissance des prix,inquiétante, sur le marché immobilier ; la dépendance vis-à-vis des Etats Unis, notamment avec l'attractivité fiscale du Canada qui pourrait être perdu suite à la réforme US (IDE plus faible niveau depuis 2010 à 34 Mds CAD) et la menace protectionniste de la politique commerciale américaine.

 


[1]Sauf les dispositions relatives à la protection des investisseurs et le mécanisme de règlement des différends investisseurs.

Avatar

Diplômé de l'Université Paris-Dauphine et de l'Université de Strasbourg, Edouard Durand est économiste au sein de la Direction Générale du Trésor. Auparavant, il a travaillé au sein du service des études économiques du Crédit Agricole SA et de Coface. Ses centres d'intérêts portent sur les problématiques européennes et le risque pays.