Tendances du Commerce International 2016-2017 (1/2)

Retour sur la situation du commerce international en 2016

Résumé :

·        Croissance décélérée du volume du commerce international de biens en 2016 ;

·        Effets de la baisse des prix du pétrole, des évolutions du change ainsi que le ralentissement de l'économie mondiale en sont des facteurs ;

·        Le rythme décéléré des échanges commerciaux en 2016 est plus marqué pour les économies en développement, et pour les régions de l'Asie et de l'Amérique du Sud.

 

Depuis la crise financière de 2008, le commerce international a été l'objet de plusieurs aléas, affectant les performances en termes d'échanges commerciaux et remettant en question les avantages de la mondialisation. Les performances du commerce international sont en effet en dégradation à partir de 2014, après une période de rétablissement post-crise. Le volume du commerce international a continué à croître de façon modeste pour se limiter à 1,3 % en 2016 contre 6,4% avant-crise (2007) et -12,6% en 2009. Les prévisions de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour les années 2017 et 2018 sont plus optimistes. Le commerce international affiche en effet des signes d'amélioration depuis le début de l'année 2017.

Cette note présentera un point sur les tendances du commerce international en 2016, en présentant les différents facteurs derrière les faibles performances du commerce international en 2016.

 

Croissance décélérée du commerce international en 2016

En 2016, le volume du commerce mondial des biens a connu son plus faible taux de croissance depuis la crise financière de 2008, soit 1,3 % sur la moyenne des exportations et des importations. De plus, la croissance du volume des échanges commerciaux a été plus faible que le niveau de croissance de la production mondiale, même si celle-ci a aussi connu un rythme décéléré (une croissance de 2,3 %) (Graphique 1). Le ratio de la croissance du volume du commerce des biens par rapport la croissance du PIB est de l'ordre de 0,6, montrant que l'augmentation du PIB mondial ne se traduit pas forcément par une demande supplémentaire d'importations.

Graphique 1- Evolution du volume de Production mondiale et du commerce international

Mattoo et Ruta (2015) suggèrent que la baisse du ratio commerce/PIB est liée au rythme décéléré de la spécialisation verticale[1] dans le cadre de la division internationale des processus productifs (DIPP). Bussière et alii (2013) proposent une autre explication de ces nouvelles tendances du commerce international basée sur la demande. Les auteurs définissent en effet une mesure d'intensité en importation des différentes composantes de la demande (consommation, investissement, dépenses de l'Etat, exportations). En suivant la même méthodologie, Auboin et Borino (2017) expliquent la baisse des performances du commerce international  sur la période 2012-2015 par une baisse de la demande d'investissement, la composante de la demande la plus intensive en importations.

 

Baisse des prix des matières premières

Bien que le volume du commerce international ait augmenté en 2016, la valeur des échanges commerciaux a connu une baisse de 3,3 % en moyenne en 2016. Cela est en partie dû au recul des prix des matières premières qui a commencé fin 2014 et qui se continue jusqu'au début 2016 (Graphique 2). La chute des prix a été plus rude pour le pétrole, affichant une baisse de 51 % entre Juin 2014 et Janvier 2015 et de 37 % entre Janvier 2015 et Janvier 2016, avant de s'améliorer notamment par l'action des exportateurs pour tenter de diminuer les quantités produites. La baisse des prix des métaux et des biens agricoles a été moins importante. Pour résumer, la baisse des prix des matières premières a plus affecté les performances du commerce international en 2015 qu'en 2016.

Graphique 2- Evolution des indices de prix des matières premières (2005=100)

 

 

Evolution des taux de change

La baisse du commerce international peut aussi être expliquée par l'appréciation du dollar  américain de 13 % en 2015 et de plus de 4 % en 2016 contre un panier de devises des principaux partenaires commerciaux[2] des Etats Unis. Cette appréciation vient pénaliser encore plus les importateurs des matières premières, notamment de pétrole.

En effet, les prix des matières premières en dollar augmentent par effet de l'appréciation du dollar, ce qui les rend chères pour les importateurs en autres devises. La demande des matières premières baissent donc affectant donc leurs prix. Cette appréciation est renforcée[3] par la reprise de la demande mondiale et par les séries de politiques de relance annoncées par Trump dès son élection en 2016.

De son côté, la monnaie chinoise « le renminbi » a aussi connu des dévaluations en 2015[4] et 2016 après l'appréciation de 2014 (Graphique 3), affectant donc les importations chinoises. De son côté, le taux de change de l'Euro contre les devises des principaux partenaires commerciaux de la Zone Euro est restée stable en 2016.

Graphique 3- Evolution du tu taux de change nominal effectif (2010=100)

 

Evolution du commerce international différente selon les pays

Le ralentissement du commerce international en 2016 semble toucher beaucoup plus des pays en développement ou émergents que des pays développés. Au niveau des exportations, la croissance des échanges en 2016 a été de 1,4 % pour les pays développés et 1,3 % pour les pays en développement. Au niveau des importations, les pays développés ont réalisé une croissance de 2 % tandis que les pays en développement ont stagné à 0,2 % de croissance.

L'évolution du commerce international a été aussi différente en fonction des régions. Pour l'Asie, le ralentissement de l'activité en Chine ainsi que les variations du Renminbi ont marqué le premier trimestre de 2016. Cela s'est traduit par une baisse des importations de l'Asie, avant une amélioration sur le reste de l'année 2016 comme le montre le Graphique 4. Pour l'Amérique du Sud, la baisse du volume des échanges a été plus importante. Cela est notamment dû à la baisse des prix des matières premières ainsi que la récession économique qu'a connue le Brésil à partir de 2014 (avec une croissance du PIB de -3,6 % en 2016). Les performances du commerce international ont été positives pour l'Europe et pour l'Amérique du Nord, même si la contribution de cette dernière à la croissance du commerce international était très modeste en 2016 (de 0,1 % de contribution contre 1,2 % de contribution sur une croissance totale du commerce de 2,9 % en 2015, selon l'OMC).

Graphique 4- Exportations et Importations des biens en volume (Indices, désaisonnalisés, 2005Q1=100)

 

Evolution du commerce des services

En ce qui concerne les services, les exportations ont baissé de façon dramatique en 2015 de 5,68 % en valeur de dollars courants. Les exportations des services commerciaux stagnent en 2016 avec 0,37 % d'amélioration par rapport à 2015 (Graphique 5). Le secteur du Transport a été le plus affecté en termes de performances d'exportations avec une baisse de 10 % entre 2014 et 2015 et de 4 % entre 2015 et 2016. Cela est en partie du à l'appréciation du dollar américain et la baisse de la demande du transport des marchandises « fret » reflétant la stagnation de l'économie mondiale. Les services financiers connaissent aussi une baisse des performances en termes d'exportations d'environ 4 % en 2015 et en 2016. Cela peut être une traduction des défis et des changements liés à l'expansion des technologies digitales. Selon les statistiques de l'OMC, le secteur des technologies de l'information a été le plus performant en 2016 en termes d'exportations avec une croissance des échanges de 4,5 % en 2016. Cela témoigne de l'évolution de l'économie de la donnée imposant de nouvelles forces sur le marché international.

Graphique 5- Evolution de la valeur du commerce des services commerciaux (en %)

 

Conclusion

Le commerce international a connu un rythme décéléré en 2016 avec une croissance des échanges commerciaux inférieure à celle de la production mondiale. La baisse des prix des matières premières, l'appréciation du dollar américain ainsi que le ralentissement de la production mondiale ont été derrière les faibles performances de commerce international. L'évolution des échanges commerciaux a varié selon les régions. L'Asie et l'Amérique du sud ont été les plus touchées, vu le ralentissement de l'économie chinoise et la baisse des prix des matières premières. Les prévisions s'annoncent positives quant à l'évolution du commerce international en 2017 et 2018. L'année 2017 montre déjà des signaux de reprise du commerce international.

 

Bibliographie

Auboin, Marc, and Floriana Borino. The falling elasticity of global trade to economic activity: Testing the demand channel. No. ERSD-2017-09. WTO Staff Working Paper, 2017.

Bussière, Matthieu, et al. "Estimating trade elasticities: demand composition and the trade collapse of 2008-2009." American Economic Journal. Macroeconomics 5.3 (2013): 118.

Constantinescu, Cristina, Aaditya Mattoo, and Michele Ruta,2015, “The global trade slowdown: Cyclical or structural?”, No. 15-16. International Monetary Fund, 2015.

WTO, WTO Annual Report, 2017.

WTO, « World trade and GDP growth in 2016 and early 2017 », Chapter 3, World Trade statistical Review, 2017.

 


[1]La «spécialisation verticale» est un concept lié à la division internationale des processus productifs, se référant au fait que les différentes étapes de la chaine de valeur d'un bien sont réparties sur un nombre de pays ou de régions. Par opposition, la «spécialisation horizontale» correspond à la division traditionnelle du travail où chaque pays produit un bien particulier.

[2]En se basant sur les échanges commerciaux bilatéraux sur la période 2011-2013.

[3]La situation du dollar semble s'inverser en 2017 avec un renforcement de certaines devises contre le Dollar, notamment celles de la plupart des pays émergents, suite à la stabilisation de leurs économies.

[4]La première dévaluation du Renminbi fût le 11 Août 2015 et correspond à une baisse de 1,8 % de la valeur du Renminbi contre le Dollar américain.

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Diplômée de l'Université Paris-Dauphine, Fatma Bouattour est Docteur en sciences économiques. Elle est chercheuse associée à DIAL, une unité mixte de recherche entre l'université Paris-Dauphine et l'Institut de Recherche pour le Développement. Ses centres d'intérêts portent essentiellement sur les déterminants du commerce international, notamment le rôle du développement financier et de l'accès des entreprises aux financements dans l'explication du commerce, sur la macroéconomie internationale ainsi que les problématiques des pays émergents. Fatma s'intéresse aussi actuellement à d'autres questions économiques notamment celles de l'économie numérique.