Le développement durable au coeur de l'entreprise (Policy Brief/Citation)

CYCLE DE RENCONTRES SUR LE SENS DE LA MESURE

« LE DÉVELOPPEMENT DURABLE AU COEUR DE L'ENTREPRISE » 

Compte-rendu / Citation

 

Le jeudi 19 septembre dernier, l'économiste Eugénie Joltreau est intervenue en sa qualité d'économiste membre de BSI Economics pour débattre de la place du développement durable dans le monde entrepreunarial. Vous trouverez ci-après le résumé des idées développées durant cet événément, dont Marine Coinon, Directrice exécutive de BSI Economics, est l'auteur. 

 
Cet article a été publié dans la revue Finance&Gestion en version numérique et papier en novembre-décembre 2019. 
 
Comment les objectifs de développement durable s'ancrent-ils dans nos sociétés et l'économie française ? Tel est le thème de la deuxième étape du cycle de rencontres "Le sens de la mesure". Ce rendez-vous local, organisé conjointement par la DFCG, Walter France et BSI Economics, s'est tenu au château de la Gournerie à Saint-Herblain, près de Nantes, le 19 septembre dernier. 
 
Dérèglement climatique, pollution, déforestation, perte massive de la biodiversité : la crise écologique nous oblige à repenser nos sociétés et le modèle économique en place.
 
En 2016, le forum de Davos alertait sur l'incapacité des acteurs économiques à s'adapter aux changements climatiques. C'était la première fois que le risque environnemental prenait le pas sur les risques économiques durant un tel événement. Aujourd'hui, les ménages, entreprises et collectivités locales se mobilisent dans la transition écologique. En France, la stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable 2015-2020 s'organise autour de plusieurs axes dont le deuxième concerne l'engagement des acteurs économiques dans l'économie circulaire et sobre en carbone. Soutenues par une demande croissante des particuliers, les collectivités locales et entreprises intègrent ce principe dans leur plan d'action. L'entreprise n'a dès lors plus uniquement une fonction financière.
 
La DFCG, en association avec le réseau d'experts comptables Walter France et le Think tank BSI Economics (Knowledge partner), organisait une table ronde sur la responsabilité des acteurs économiques dans les objectifs du développement durable. Pour l'occasion, des directeurs financiers et contrôleurs de gestion, ainsi que des économistes et comptables, se sont réunis pour échanger sur le principe d'économie circulaire et le développement durable. Quatre intervenants se sont distingués : Eugénie Joltreau, économiste chez BSI Economics et doctorante à l'Université Paris-Dauphine en économie circulaire ; Philippe Marest, Directeur général Transition écologique, énergétique et secteurs urbains à Nantes Métropole ; ainsi que Laurent Lainé et François Vallée, respectivement Directeur administratif et financier, et Directeur communication et marketing chez Comerso. La table ronde était animée par la journaliste de Ouest France Elisabeth Bureau.
 
Selon l'indice Global Footprint Network, si tous les humains vivaient comme un Français moyen, nous aurions besoin de trois planètes pour assouvir leurs besoins. Partant de ce constat, Eugénie Joltreau souligne que le modèle linéaire traditionnel des pays développés (« extraire, produire, consommer, jeter »), et l'usage intensif de ressources qui en découle, semble encore permis par l'existence d'une consommation des populations du Sud plus sobre, des conditions climatiques encore favorables, et un accès facilité à l'énergie, aux matières premières et aux ressources naturelles. Avec la raréfaction de ces der- nières, plus coûteuses à extraire et à acheminer, et le dérèglement climatique, ce mode de consommation n'apparaît plus soutenable à long terme. De même, l'acceptabilité sociale de « jeter » est de plus en plus remise en cause.
 
Quelques chiffres : 
  • En France, 630Mds € de produits sont détruits par an, soit 7 fois la somme perçue pour le Téléthon en 2018.
  • Interdire la destruction des invendus textiles permettrait de faire économiser 250 000 tonnes de CO2 par an, soit l'équivalent des émissions de 125 000 voitures, selon le Ministère de la Transition écologique et solidaire.
  • Chaque semaine, un individu moyen ingérerait 5 grammes de plastique via les aliments et l'eau pollués qu'il consomme, soit l'équivalent d'une carte de crédit, selon un rapport commandé par le WWF International à l'université de Newcastle (Australie).
 
« Entrer dans la circularité, c'est aussi entrer en lutte contre le changement climatique »
 
L'économie circulaire est liée aux objectifs de développement durable des Nations unies relatifs à la protection de la faune et la flore, et à une consommation responsable. La vision de l'accumulation des déchets plastiques dans l'océan démontre qu'une mauvaise gestion des déchets peut être dévastatrice pour notre environnement, abritant faune et flore. Gérer la fin de vie des produits ne suffit plus, il faut aussi repenser toute la chaîne de production.
L'économie circulaire vise à assurer la ré- insertion de l'activité économique dans les boucles de la biosphère. Autrement dit, on cherche à optimiser l'utilisation des ressources contenues dans l'ensemble des écosystèmes, tout en diminuant l'impact environnemental. Le processus repose sur quatre champs : 
1.     Un approvisionnement durable respectant le renouvellement des ressources et les écosystèmes environnants ; 
2.     Une production visant une plus grande sobriété en ressources et en énergie, privilégiant des matériaux recyclés et des techniques d'éco-conception pour assurer une réparabilité et une recyclabilité de chaque produit ; 
3.     Une consommation sans gâchis et responsable, qui prolonge la vie des produits par la réparation et/ou l'occasion, et enfin ; 
4.     Une gestion des déchets par le biais de la transformation et la valorisation (recyclage, énergies propres), permettant de « boucler la boucle ». 
 
Il existe notament des synergies fortes entre l'économie circulaire et la lutte contre le changement climatique. Le gaspillage exerce une pression inutile sur des écosystèmes qui en se dégradant captent moins de dioxyde de carbone (CO2). L'utilisati on intensive de matières, et donc d'énergie, ainsi que la gestion des déchets sont par ailleurs des sources importantes de CO2. Les mines urbaines, définies comme des métaux précieux disséminés dans les infrastructures et/ou appareils électriques que l'on jette, sont un autre enjeu à prendre en compte. En effet, les métaux rares sont des ressources cruciales pour le développement d'énergies bas carbone telles que les énergies éoliennes et solaires. Notons que la mise en oeuvre d'actions en faveur de cette transition minimise l'impact des activités anthropiques sur l'environnement mais ne peut pas l'annuler totalement. La problématique interne des transports, qui touchent les entreprises comme Comerso, demeure importante et se heurte à l'absence d'alternatives concrètes et accessibles. L'économie circulaire ne pourra pas, de fait, devenir une politique optimale sans la décarbonation préalable du secteur de l'énergie et des transports.
 
« L'économie circulaire doit s'accompagner
d'une énergie et de transports bas carbone. »
 
Sortir de la « société du tout jetable » est devenu indispensable et nécessite une réorganisation à tous les niveaux et des investissements. En réponse aux attentes sociétales en matière écologique, la réglementation adoptée par l'Union européenne et la France encourage une réorganisation à tous les niveaux et nécessite des investissements importants. La Loi anti-gaspillage alimentaire constitue à ce titre une grande avancée en rendant obligatoire, pour les magasins alimentaires de plus de 400 m2, une convention de dons à des associations pour la reprise de leurs invendus alimentaires encore consommables. Cette législation devrait être prochainement étendue à la restauration collective et à l'industrie agroalimentaire. En France, les pertes et gaspillage alimen- taires représentent 10 millions de tonnes par an, soit une valeur commerciale estimée à 16 milliards d'euros.
Axe majeur du Plan climat, la Feuille de route pour l'économie circulaire (FREC) propose un indice de réparabilité obligatoire pour les équipements électriques, électroniques et électroménagers afin d'améliorer l'accès à l'information des consommateurs sur la durabilité de leur produit.
 
Des entreprises au service de la circularité se développent activement. C'est le cas de Comerso, représentée par Laurent Lainé et François Vallée, qui est une plateforme digitale et logistique de valorisation des invendus et des déchets des entreprises. L'entreprise propose un outil de gestion des produits à date courte, et traitent les dons et le déstockage. Du point de vue du professionnel de la communication, la RSE (Responsabilité sociale de l'entreprise) serait vertueuse pour l'entreprise et l'économie. La concrétisation d'une action RSE est un catalyseur de fidélisation client. Concernant la vision du financier, la rentabilité de l'entreprise est améliorée grâce à une meilleure valorisation des invendus. La pédagogie apparaît comme un accélérateur pour valoriser l'aspect économique de l'économie circulaire, dans le but de la définir comme un gain. De même, la production et conception d'un produit durable zéro déchet permet de développer un leadership local et international. Aujourd'hui, Comerso sauve chaque jour 60 tonnes de marchandises, et le gain cumulé clients est de 26 millions d'euros d'économie par an. L'entreprise affiche un taux de satisfaction client de 99 %.
 
Enfin, les collectivités locales jouent un rôle fondamental dans la transition bas carbone de par sa consommation, la politique de gestion des déchets, et la mise en place d'espaces d'apprentissage, d'échange et de partage pour les citoyens. L'exemple de Nantes Métropole montre qu'il est possible d'encourager et fédérer les habitants et entreprises autour de bonnes pratiques écologiques et sociales. Philippe Marest, Directeur général Transition écologique, énergétique et services urbains de Nantes Métropole, rappelle que la mise en œuvre de la transition écologique passe par l'application de politiques publiques via la définition de normes environnementales, et de documents de planification à caractère prescriptif tels que le plan local d'urba- nisme métropolitain. Selon lui, l'aboutissement d'une feuille de route locale constitue un levier important pour éco-critariser les contrats. L'enjeu majeur pour la ville est de massifier et démocratiser le geste de tri.              

 

Marine Coinon
Directrice exécutive, BSI Economics
Crédits photo : DFCG (2019)
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Diplômée de l'Ecole d'Economie de Toulouse et de l'Université Paris II Panthéon-Assas, Marine Coinon prépare une thèse à l'Université Bourgogne Franche-Comté en économie environnementale. Elle est également enseignante-chercheur à Sciences Po Toulouse, et actuellement chercheur invitée à l'Ecole d'Economie de Toulouse. Ses principaux centres d'intérêt portent sur les normes environnementales (principalement l'agriculture biologique) et l'évaluation des politiques publiques.